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J'étais Seljad
Seljad est mon nom. Un soupçon de peuple migrant, une pointe d’ombre, un voile au fond des yeux... Corps à demeure dans la Puszta... Seljad dans le cri de ma mère, déjà du sel dans la gorge. La voix s’est perdue. L’accoucheuse avait dit : ‘ ce cri, même Dieu n’en veut pas ! Qu’elle se taise ou c’est l’enfant qui se taira.’ Mais ma mère a hurlé jusqu'à ce que le sang s’éloigne d’elle, et l’enfant, ce fut moi. Seljad, j’ai mis des années à cracher le sel, à déposer ma soif sur les eaux de Jade de l’enfance. A neuf ans, j’ai demandé que l’on m’offre une plume d’encre. Je n’aurais jamais osé demander la lune. Avec le stylo, je fermais un œil la nuit, le posais dans un sens ou dans l’autre des lunes ascendantes pour faire des lettres P pour parler D pour dire D pour donner P pour promettre... ‘Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras’, pour moi, c’était toujours deux fois ‘tu l’auras’. Un jour, tu parleras. Quand tu te retrouveras dans le sang de ta mère. Seljad, la couleur verte des mots collés aux doigts fragiles de petites branches, j’ai creusé ma grotte dans le sel et ma voix dans l’attente. Un jour, l’enfance a quitté ses méandres, petite fille devenue femme dans la promesse du sang. J’ai traversé la route jusqu’au champs où ma mère travaillait, j’ai couru jusqu'à elle. Elle a crié : ‘Seljad !’. La statue de sel gagnée par le sang s’est écroulée dans sa robe. J’ai pleuré très longtemps contre elle, sur la terre labourée. Depuis, je ne parle que les nuits de lune ascendante ou descendante. J’écris des histoires avec des bâtons sur l’eau verte. J’étais Seljad, un rêve de voix demeuré dans le sel. Ecrire, c’est donner sa voix au rêve quand le sel dans la gorge a étranglé les cris.
FIN
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